De la démocratie en Amérique de Tocqueville

Description

La démocratie a été analysée en Amérique par le français Tocqueville. Il montre dans De la démocratie en Amérique qu’elle n’est pas simplement un désordre conduisant à la dissolution de toute vie sociale saine, contrairement aux préjugés du milieu aristocratique. Il la présente au contraire comme le ferment d’une nouvelle société.
Niveau de lecture : Accessible à un public motivé dès l’année de terminale et conseillé pour préparer le concours commun d’entrée à Sciences Po.
Résumé du livre :

Le premier tome de De la démocratie en Amérique, publié en 1835, est composé de deux parties. La première est un exposé sur les institutions et les lois aux États-Unis: elle a beaucoup vieilli en raison du renforcement du pouvoir fédéral après la guerre de Sécession et, surtout, après la crise des années 30. La deuxième partie s’attache à montrer comment « le peuple gouverne » et le rôle des mœurs (« l’état moral et intellectuel d’un peuple ») dans le maintien de la démocratie en Amérique. Le deuxième tome, publié en 1840, expose les conséquences de l’égalité des conditions dans les sociétés démocratiques.

La démocratie en Amérique repose sur l’égalité des conditions :

Il s’agit là pour Tocqueville du « fait générateur » de la démocratie américaine. Les peuples démocratiques « ont pour l’égalité, écrit-il, une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible » (De la démocratie en Amérique). Ce fait est plus précisément l’opinion fondamentale selon laquelle les Américains voient le monde et conçoivent leurs tâches, droits et devoirs dans ce monde, car la loi politique de l’égalité démocratique pénètre les relations sociales et familiales. La marche vers la démocratie apparaît alors comme une tendance inéluctable à l’égalisation des conditions : « Mais ce ne sont pas seulement les fortunes qui sont égales en Amérique, précise Tocqueville ; l’égalité s’étend jusqu’à un certain point sur les intelligences elles-mêmes […] L’instruction primaire y est à la portée de chacun ; l’instruction supérieure n’y est presque à la portée de personne. ». La société démocratique américaine garantit ainsi une stricte égalité juridique tout en offrant à l’individu des opportunités de mobilité sociale. Cette société se distingue par conséquent, sur le plan des mentalités, de toutes les sociétés européennes antérieures par l’absence de patronage, qui définit un état social dans lequel il n’existe plus d’influences individuelles. Tocqueville dessine l’image d’un régime où le lien social est immédiatement politique.

Commentaire critique :

Tocqueville, qui avait des origines aristocratiques, se définissait comme monarchiste et libéral. Son voyage d’études aux Etats-Unis en 1831-1832, dont le motif officiel est d’analyser le système pénitentiaire américain, est à l’origine de cet ouvrage. Il y recherche en réalité une image de la démocratie, une sorte d’idéal-type.

La démocratie est d’abord un régime politique fondé sur des institutions, mais pour Tocqueville, c’est plus que cela: c’est un état social où il existe une égalité des conditions et un sentiment subjectif, « la passion pour l’égalité ». En Amérique, la souveraineté du peuple, qui s’appuie sur le principe majoritaire, est indissociablement liée à la démocratie sociale: les hommes y sont libres et égaux.

L’égalité des droits politiques, le pluralisme des opinions et le vote universel sont caractéristiques du mode de pouvoir dans une démocratie. L’égalité des droits civils a des conséquences sociales. Ainsi, l’absence de droit d’aînesse et un partage égalitaire des successions modifient les comportements et les opinions de manière durable: comme chacun est propriétaire, le pouvoir lié à la terre est disséminé et chacun prend conscience de la nécessité de maintenir le droit de propriété pour garder son bien et sa liberté d’agir (doctrine « de l’intérêt bien entendu » ou de « l’amour éclairé d’eux-mêmes »). Les droits accordés aux individus dans les sociétés démocratiques exercent donc une fonction de socialisation, de transmission de valeurs, de normes et de pratiques. Par ce biais, les individus sont incités au respect des lois qui sont garanties aux Etats-Unis par la participation politique des citoyens. L’existence des jurys au pénal et au civil, ainsi que le « self-government » au niveau de la commune à travers des associations favorisent l’acquisition d’un « savoir-gouverner » et le désir de maintenir les libertés.

Cette égalité des droits se traduit par une égalité des conditions: cela ne signifie pas la fin des inégalités puisqu’il continue d’y avoir des maîtres (des patrons) et des salariés, mais la mobilité sociale devient possible. Les inégalités ne sont pas inscrites dans des statuts comme c’est le cas dans les sociétés aristocratiques. C’est en vertu du contrat de travail (un accord entre égaux qui induit la subordination du salarié) que cette situation est acceptée. L’égalité proclamée en droit favorise l’égalité de considération qui imprègne peu à peu les esprits. Ce sentiment d’être égal et celui « de l’envie » favorisent les revendications salariales. La « passion pour l’égalité » conduit à une réduction des inégalités.

Dans les années 60, Robert Nisbet et Raymond Aron ont contribué à faire entrer Alexis de Tocqueville parmi les auteurs classiques étudiés en sociologie. Comme Max Weber, Tocqueville a cherché à dégager les caractéristiques des nouvelles sociétés démocratiques et leur avenir, en recourant à une méthode comparatiste. Si, depuis les années 60, Tocqueville a été « retrouvé », selon le mot d’Aron, c’est parce que les problèmes « tocquevilliens » sont encore au centre des débats politiques contemporains.

Tocqueville pointe les risques de la démocratie en Amérique
  • La démocratie en Amérique donne le pouvoir à l’opinion publique. S’il existe des opinions communes dans toutes les sociétés, c’est seulement dans la société démocratique que l’opinion commune prévaut sans obstacle, car les autres sources possibles d’opinion ont perdu toute créance face à une certaine « tyrannie de la majorité ». Tocqueville craint donc les effets pervers de la règle de la majorité au cœur du fonctionnement des régimes démocratiques. Pouvant légitimement imposer ses décisions à la minorité, la majorité risque de l’ignorer, voire de l’opprimer. « Dès que [la majorité] est irrémédiablement prononcée, chacun se tait, déplore le philosophe » (De la démocratie en Amérique). Il remarque ainsi que la société américaine exerce, par elle-même et sur elle-même, un pouvoir invisible plus présent, plus actif et plus grand qu’aucun autre pouvoir connu en Europe. La France et les États-Unis ont là un point commun : l’opinion publique y est le pouvoir dominant, en vertu de quoi la souveraineté du peuple est une réalité de chaque jour. Ce résultat engendre toutefois un phénomène préoccupant, le conformisme des opinions. Quand toutes les opinions sont égales, l’homme démocratique tend à se rallier spontanément à l’avis du plus grand nombre, voire à ne plus tolérer les opinions minoritaires. Tocqueville dénonce ainsi la disparition de l’indépendance d’esprit et de la liberté de discussion en Amérique.
  • La démocratie en Amérique bouleverse le lien social. Elle défait le lien social et le refait autrement : elle tend à placer les hommes dans une sorte d’état de nature, puis elle leur demande de reconstituer la société à partir de cette base. En brisant les liens de dépendance et en entretenant l’espérance d’une élévation du bien-être, elle fait émerger un individu autonome, replié sur lui-même, perpétuellement inquiété par la concurrence de tous avec tous, et qui néglige ses devoirs de citoyen. Elle peut donc donner naissance à l’individualisme, le « sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis, de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même » (De la démocratie en Amérique). La démocratie est donc mise en danger par la liberté démocratique, qui rend plus difficile l’éclosion de vertus civiques – savoir commander, savoir obéir – qu’elle exige plus impérieusement. Ainsi, pour Tocqueville, l’idéal démocratique est à la fois réalisé dans sa pente la plus forte, l’égalité, et mis en danger dans sa pente la plus faible, la liberté. « Ce qui met en danger la société, prévient-il, ce n’est pas la grande corruption de quelques-uns, c’est le relâchement de tous ». Le philosophe ne voit qu’un seul remède efficace pour combattre cette menace de dissociété : l’exercice de la liberté politique par le développement des associations.

 

Télécharger librement l’ouvrage De la démocratie en Amérique Tome I partie 1

 

 Source Alternatives économiques

Avis

Il n’y pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “De la démocratie en Amérique de Tocqueville”

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pensez à télécharger gratuitement les ouvrages que Madissertation vous propose dans la bibliothèque et boutique en haut de notre page d'accueil...! Ignorer