Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire (1821-1867)

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Description

En 1857, Baudelaire fait éditer « les fleurs du mal », recueil de poèmes dans lequel il exprime ses doutes, ses angoisses et ses espoirs. Son livre est condamné pour « offense à la morale publique et aux bonne mœurs ». Bouleversé, il se juge incompris. Il est composé de 100 poèmes mais dans cet ouvrage, nous intéresserons à la section de poèmes « Tableaux parisiens », poèmes qui nous lient au thème de « la ville ». C’est d’ailleurs le thème essentiel des Fleurs du Mal, la ville désigne toujours chez Baudelaire Paris. Le poète y a d’ailleurs vécu la plus grande partie de son existence…

« tableaux parisiens » est la tentative de la communion humaine dans le cadre de la ville. Ici se manifestent une aspiration sociale et une générosité de l’âme de Brecht et la solitude des hommes dans l’illusoire communauté humaine. Hériter du romantisme, Brecht va lancer le symbolisme qui a pour principe de recréer les correspondances qui existent entre le langage, le monde naturel ou le monde de l’art, et d’exercer un pouvoir évocateur et suggestif sur l’imaginaire. Dans « paysage », c’est un paysage urbain que le poète évoque au travers de la vision de l’homme à sa fenêtre qui médite à la vue du paysage. Baudelaire présente un programme poétique au-delà de son tableau de la ville moderne du 19ème siècle ? Comment l’auteur rend-il poétique sa vision de la ville ?

  1. Contexte de l’ouvrage

Charles Baudelaire est un poète du XIXème siècle dont la vie est placée sous le signe d’une double obsession : la douleur du spleen c’est-à-dire le « mal de vivre » et la lumière de l’idéal c’est-à-dire l’élan vers le beau, et se révèle comme un constant déchirement. Plus grande sera son aspiration à l’idéal, moins l’existence sera supportable.

Baudelaire est né à Paris en 1821. De 1828 à 1835, il habite Lyon avec sa mère et son beau-père. Il rentre à Paris en 1836. De 1858 à 1860, il va de domicile en domicile, déménage sans cesse, menant une vie de bohème dans différents quartiers. Après un séjour de deux ans en Belgique (1864 à 1866), il reviendra à Paris et y mourra dans une maison de santé.

Paris : c’est le lieu de tous les possibles, lieu de rencontres infinies. Baudelaire est un « artiste voyeur » de la capitale.

La ville est en train de changer : c’est le Paris du second Empire, théâtre des grands travaux d’ Haussmann (1853 à 1870).

Baudelaire n’accepte pas le remariage de sa mère avec le général Aupick. Placé d’abord en pension à Lyon, il étudia ensuite à Paris. Il vécut une vie d’insouciance et de bohème jusqu’en 1841 où il embarqua de force pour un long voyage à destination des Indes. Il s’arrêta dans l’île de la Réunion (raison du goût de l’exotisme dans son œuvre). De retour en France il vécut une vie de dandy (opium et alcool). Poussé par le besoin d’argent il se lança dans la critique d’art et il traduisit les œuvres d’Edgar Allan Poe. Il écrivit entre autres Les Fleurs du mal et Les petits poèmes en prose. Malade, atteint de paralysie, il mourut en 1867.

Contexte historique :

  • 1815-1830 : Restauration.
  • 1830-1848 : Monarchie de Juillet.
  • 1848-1852 : IIe République.
  • 1852-1870 : IIe Empire.

Les Fleurs du mal eut trois titres successifs :

  • « Les Lesbiennes » en 1845 en référence à Sapho, poétesse grecque qui enseignait les arts à des jeunes filles sur l’île de Lesbos, dans la mer Egée.
  • Puis « Les Limbes » en 1848 : lieu où se retrouvent les âmes des innocents qui sont morts sans avoir reçu le sacrement du baptême.
  • Enfin « Les Fleurs du mal » : projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal, transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence (Baudelaire dit :  » tu m’as donné ta boue, j’en fais de l’or « ).

Le mal fait référence à quatre types de mal :

  • Au mal social (être déchu) ;
  • Au mal moral (goût pour le crime et le sadisme) ;
  • Au mal physique ;
  • Au mal métaphysique (âme angoissé car il ne croit pas en Dieu)

On notera que le titre constitue un Oxymore : Fleurs/mal

2.  Structure de l’œuvre

Les Fleurs du mal est composée de six sections et d’un poème préliminaire ou prologue,  » Au Lecteur « .

  •  » Au Lecteur  » : sorte de pacte de lecture qui met l’accent sur la fraternité des hommes dans la déchéance, une fraternité de damnés, de victimes. Les hommes se sentent solidaires devant la misère, la sottise, la lâcheté, l’ennui et le mal. Les Fleurs du mal sont alors une sorte de voyage qui comporte six étapes.
  • Spleen et Idéal (85 poèmes) : déchirure du poète entre une aspiration vers un  » Idéal  » et le  » Spleen « , c’est-à-dire l’ennui (angoisse). Cette section montre la misère et la grandeur de l’homme et son combat éternelle de l’homme sans issue :  » Il y a dans tout homme, à tout heure, deux postulations, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan  » (Baudelaire). L’homme est condamné à vivre ces deux forces.
  • Tableaux Parisiens (30 poèmes) : description de Paris considéré comme une ville fourmillante et pleine de rêve. Angoisse du poète due au spectacle des rues, des images qui reflètent son état intérieur c’est-à-dire la multiplication de son être propre, son malheur.
  • Le vin (5 poèmes) : constitue le premier paradis artificiel, tentation de se perdre dans un ailleurs meilleur. Ce recours est utilisé par les désespérés et les idéalistes (artistes).
  • Fleurs du mal (9 poèmes) : constitue le second paradis, présente la luxure, le vice et les amours interdits (homosexualité féminine), la fatalité du désir.
  • Révolte (3 poèmes) : monde où les tentations charnelles sont assouvies. On cherche maintenant une satisfaction spirituelle. On va rejeter Dieu qui n’a pas répondu et on célèbre l’alliance avec Satan (prince des déchus).
  • La mort (6 poèmes) : apparaît comme le dernier espoir, mort salvatrice, mort qui console, l’espoir de voyage donc de soulagement de la souffrance, peut-être un inconnu qui sera meilleur (mort = début : pensée très chrétienne). Dernier poème le voyage est le moyen de soulager le feu qui brûle le cerveau.

Quelques définitions du contexte culturel

Les Parnassiens : groupe littéraire français de la 2nde moitié du XIXème siècle. Ils succèdent à la période romantique où ils trouvaient que le lyrisme était à l’excès ainsi que l’engagement politique. Ces nouveaux principes littéraires furent définis dans la préface de mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier. Ils disaient : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui peut ne servir à rien. Tout ce qui est utile est laid,… ». Les parnassiens réunis autour de Lecomte de Lisle refusaient une poésie de l’expression, de l’effusion des sentiments et privilégiaient le travail sur la versification. Ils étaient à la recherche d’une perfection technique. Pour les thèmes, ils avaient recours à l’érudition, au savant, à l’étrange, à l’archaïque, à l’exotique ou l’antique. Ce mouvement fut un échec car les poèmes étaient trop compliqués et obscurs.

Le symbolisme : mouvement littéraire de la fin du XIXème siècle qui mit l’accent sur les valeurs suggestives du langage, seules aptes à déchiffrer l’univers considéré comme le « symbole d’un autre monde » (« l’homme intérieur est le ciel sous sa petite forme et le ciel est un grand homme » Baudelaire) : correspondance étroite entre l’homme et l’univers. Le symbolisme est une opposition au monde matériel, suprématie de la sensibilité, du plaisir des sensations. Tout est fugace (éphémère). La mélodie des poèmes est d’une très grande importance (« De la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair » Verlaine). Les symbolistes s’intéressent aussi beaucoup à l’inconscient (avec Freud et Schopenhauer). Importance du vers libre. Symboliste : Mallarmé, Verlaine, Baudelaire.

Le dandysme : c’est un culte de soi-même, un désir de distinction fondé sur l’originalité personnelle. Il soigne sa parure, sa parole, il pratique la transgression. Il ne se repose pas sur le travail ou les privilèges de la naissance. Le dandy ne crée pas son œuvre, son œuvre est la vie même. Pour Baudelaire il est le dernier éclat de l’héroïsme dans une période de décadence. Le dandysme c’est l’élégance de la vie.

3.  Projet Baudelérien sur le thème de la ville

Il ne s’agit pas de faire l’éloge de la ville et de la modernité. Baudelaire n’avait que faire de l’admiration d’un Hugo ou d’un Vigny pour le progrès moderne (celui des chemins de fer par exemple). La ville est pour lui un lieu où fourmillent la vie et le point de départ de sa rêverie.

Baudelaire est irrité par ce progrès qui dessine selon lui de la domination d’une bourgeoisie maniérée. L’industrialisation et montée de la bourgeoisie qui irritent Baudelaire.

Baudelaire n’est pas un romantique, c’est seulement l’héritier, pas admirateur de la nature, intéressé par la ville. Il évoque « jardin » « saison » pour représenter symbole du mal de vivre.

Pour Baudelaire la ville est point de départ de sa rêverie où fourmille la vie. La vision de la ville qu’a le poète : « du haut de ma mansarde » lui permet de faire le plein d’images à la belle saison pour les plonger dans le creuset de son imagination et de son art une fois l’hiver venu.

Si le poème apparaît au premier abord comme une simple description d’un paysage urbain et moderne, on s’aperçoit à travers l’étude des modalités énonciatives que le spectacle de la ville est surtout un moyen d’échapper au spleen, une tentative pour retrouver le bonheur et l’idéal, peut-être entrevu dans une vie antérieure, mais cela par le biais de la création. Aussi le poème « paysage » peut-il-être considéré comme un véritable art poétique.

Le thème dans l’œuvre baudelairienne suit une lente maturation. D’abords tardif et à peine ébauché dans la première édition de 1857. Puis il ajoute dix poèmes des Tableaux parisiens en 1861 et d’autres poèmes en 1868, dans « recueillement ». Ce thème sera par la suite largement développé dans les poèmes en prose Le spleen de Paris (1862).

Pourquoi Baudelaire évoque ce thème ?

1) Un des nouveaux thèmes du XIXe siècle

Ce thème commence à fasciner poètes et artistes dès le XIXe. Il apparaît d’abord dans le roman (Hugo : Notre-Dame de Paris paru en 1831, qui peint Paris au Moyen-Age ; les Misérables en 1862 (un an après les « tableaux parisiens ») évoque le Paris du XIXe.

C’est le thème clé de l’œuvre d’un peintre très admiré de Baudelaire, Constantin Guys (1805-1892), dessinateur et aquarelliste célèbre pour ses scènes de la mode et de la galanterie parisiennes. Baudelaire lui dédie le poème « rêve parisien ».

2) Un thème clé de la sensibilité baudelairienne

Ce thème s’articule avec d’autres thèmes essentiels.

  • Avec l’amour (ex : « à une passante »).
  • Antagonisme avec le thème de la nature. Baudelaire la hait (« L’Art est supérieur à la Nature ».), refuse les éléments naturels (jamais de description) ; chez lui, la nature reflète toujours un état d’âme, c’est un temple (« Correspondances »). Il préfère l’artifice (au sens fort) et n’a de goût que pour le paysage urbain qui est un antinature. Baudelaire ne veut pas pour autant la modernisation de la ville telle qu’Haussmann la conçoit : « le vieux Paris n’est plus ».
  • Profondément lié au thème du Spleen : ce dernier est justement lié à l’industrialisation de Paris. Dans la ville, le Spleen devient presque palpable. Le changement de la ville s’oppose à l’immobilisme de la mélancolie tout en l’accentuant.

La ville est donc le lieu où s’appréhende la modernité, un lieu mystérieux qui meurt et renaît chaque jour, telle la création poétique…

Bonne lecture !

Vous pouvez télécharger le livre au format Pdf par le lien ci-dessous :

baudelaire_charles_-_les_fleurs_du_mal

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