Le Manifeste Du Parti Communiste de Karl Marx – Friedrich Engels

Description

Il est légitime de se demander si le manifeste reste un texte d’actualité, c’est à dire àla fois si les constats qu’il pose concernant l’antagonisme des classes peut-être faitaujourd’hui, et si ses aspirations et objectifs ne sont pas dépassés. Le manifeste n’aurait-il qu’un simple intérêt historique, sans aucune applicationpratique ? Même si de nouveaux facteurs entrent en jeu, et que le contexte mondialest différent, ce texte est un outil précieux pour comprendre et critiquer les rapportssociaux d’aujourd’hui, ou autrement dit, pour penser l’ordre contemporain du monde actuel…

  1. La rencontre entre Marx et Engels

Marx et Engels ont organisé la philosophie communiste, pensée riche et aboutie dans la mesure où elle peut englober toute une dimension humaine et dont le Manifeste constitue le meilleur exposé. Il est le premier écrit systématique de la doctrine socialiste moderne et fut rédigé par Marx en parti à partir des brouillons d’Engels.

Tous deux têtes pensantes de la Ligue des justes, ils présentent pour avantage de prendre en considération à la fois le métier, les luttes et la politique contemporaine ainsi que le point de vue historique. Tous deux engagés dans les luttes sociales dès 1840, ils observent le Paris de l’époque avec le recul de l’après révolution de 1789 qui met en scène une contestation radicale d’une domination bourgeoise s’étant accaparé les faveurs de l’Etat.

En s’attachant aux théories communistes et en se définissant comme tels, les deux auteurs cherchent à marquer leurs liens dominants avec les révolutionnaires, refusant de se lier à toute idéologie ne proposant qu’un simple pansement comme solution.

  1. Le contexte d’écriture du manifeste, et ses motivations générales

Pour résumer le contexte de l’écriture du manifeste, on peut dire qu’il s’agit d’un texte fondateur, né pendant la révolution industrielle.

Concernant la démarche de ses auteurs, et donc les motivations générales de l’ouvrage, elle consiste d’abord à montrer qu’il y a une force sociale transnationale qui naît, se développe, s’organise et qui s’appelle le prolétariat, et ensuite à affirmer l’émergence d’une force politique nouvelle et embryonnaire qui veut se faire connaître, les communistes.

Il s’agit donc dans le manifeste d’expliquer de manière synthétique la lutte des classes en s’appuyant sur une certaine lecture de l’histoire, Les idées qui y sont mises en avant restent cependant de l’ordre de l’affichage et ne seront plus rigoureusement démontrées que dans l’œuvre postérieure de Marx-Engels et par les actions du prolétariat en lutte.

Il s’agit donc principalement de slogans, d’axes d’un programme, et qui appelle à une direction de l’histoire en devenir particulière.

Enfin, il est intéressant d’introduire la présentation du texte par la question de sa diffusion. En effet, il eut écho très faible en 1848, et resta un moment peu connu et peu utilisé. On peut illustrer cet constat par le fait qu’il n’est traduit en France qu’à la fin du 19e et doit quasiment attendre la révolution russe avant d’être réellement étudié. Cependant, on ne peut nier qu’avec les nombreuses luttes sociales qui se sont développées depuis une centaine d’années, le manifeste a connu au final une formidable diffusion et un grand nombre de traductions : ceci était pourtant difficilement prévisible à l’origine, au vu de la manière dont le texte avait été perçu !

  1. Un prisme de lecture possible
Les antagonismes des classes existent toujours

La première idée exprimée est que « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes »Cette expression qui est à la base de la démonstration du manifeste, révèle deux points essentiels :

  • Premièrement, le constat est fait que des classes sociales différentes se dessinent et s’opposent à travers l’histoire : homme libre/Esclave, baron/serf, ou plus généralement oppresseur/opprimé. Il s’agira donc de définir les classes existantes, contemporaines au manifeste, en expliquant (dans le but de démontrer) leur naissance et leur réalité.
  • Le second point est de prendre en compte la thématique de la « lutte ». Ainsi, dans la suite, on voit que lorsque deux classes s’opposent, une lutte continue se met enplace sous diverses formes. Son issue est la « transformation révolutionnaire ou la disparition des deux classes ». En analysant les rapports humains dans une société sous cet angle d’observation,on considère que la société bourgeoise moderne, en comparaison avec la société féodale à laquelle elle succède, a opéré une transformation révolutionnaire sur laforme (conditions d’oppressions différentes, lutte différente, classes différentes) maispas sur le fond : les antagonismes des classes existent toujours.

La nouveauté semble être la simplification de cette opposition, car seules deux classes émergent : la bourgeoisie et le prolétariat. Précisons que par la suite, l’antagonisme des classes n’apparaît pas comme purement manichéen, puisque entre petit-bourgeois et prolétaires contraints à adopter la logique de la concurrence, des couches intermédiaires existent.

Le manifeste montre alors comment au cours d’une longue histoire le capitalisme s’est développé au sein de l’ancienne société féodale (qui elle-même avait remplacé des manières antérieures de produire les biens utiles à la reproduction des sociétés),et comment à travers ce développement se sont situés prolétaires et bourgeois.

Emergence de la bourgeoisie

Par l’internationalisation du commerce et les développements techniques intensifiant les échanges marchands, le constat est fait que le mode d’exploitation et de production féodal ne suffit plus aux besoins.

En même temps, le pouvoir des bourgeois (classe moyenne industrielle) prend plus de poids par l’importance que prend la manufacture. Puis, par la révolution industrielle, la manufacture est elle même remplacée par la grande industrie (les millionnaires de l’industrie étant les bourgeois modernes).

On observe donc plusieurs facteurs qui interagissent : développement des techniques => élargissement du commerce => accélération du développement des moyens d’échanges (transport, communication), qui contribuent au développement de la bourgeoisie et de sa puissance.

On peut alors repérer la thèse matérialiste suivante : les révolutions en terme de production et d’échange révolutionnent l’organisation politique (c’est à dire la manière de vivre ensemble, mais aussi la répartition des pouvoirs).

Emergence du prolétariat

Selon Marx, une crise analogue frappe la société bourgeoise moderne qui ne peut contrôler les nouveaux et puissants moyens d’échange et de propriété qu’elle a largement contribué à développer. Les preuves données sont les nombreuses et régulières crises commerciales, et le problème nouveau de la surproduction.

Le développement des forces productives se retourne contre elle, car leur puissance grandissante ne favorise plus les rapports bourgeois de propriété.

Ainsi, en réformant, elle a formé les ouvriers modernes, les prolétaires, qui se sont développés à mesure que se sont développés la bourgeoisie et le capital.

Si les bourgeois modernes sont principalement définis par le fait qu’ils détiennent les moyens de production et pèsent majoritairement sur les échanges, le prolétaire se définit principalement par le fait qu’il ne possède que sa propre force de travail : « ils ne vivent qu’à condition de trouver du travail, et n’en trouvent que si leur travail accroît le capital ».

La bourgeoisie a donc multiplié et unifié, à travers le salariat, la condition de ceux qui subissent l’exploitation de leur travail, même si ceux qui sont de la sorte exploités restent dans leur inévitable résistance des agents potentiels de l’ordre capitaliste.

Une philosophie politique et une lecture matérialiste de l’histoire

Il paraît en effet intéressant de montrer que le contenu du texte du manifeste de Marx et Engels est issu d’une philosophie politique.

Tout d’abord, le terme politique, dans son sens originel, est approprié, car le manifeste pose un projet de vivre ensemble en prenant en compte des facteurs historiques (analyse de l’histoire des révolutions et de la lutte des classes), et économiques (réflexion sur le capital, analyse des rapports de production).

De plus, il est clair qu’il s’agit d’une philosophie : la thématique de la « prise de conscience » comme éveil philosophique chez Platon, peut être mis en parallèle avec l’importance de la prise de conscience au niveau de l’individu mais surtout à un niveau collectif (prolétariat) dans le manifeste.

De même, la remise en question de valeurs (propriété privée, religion, patrie…) et donc l’esprit critique et une argumentation précise sont autant de dimensions propres à la philosophie.

D’autres thèmes sont traités philosophiquement : on peut prendre l’exemple de l’enjeu de l’aliénation entre maître et esclave, qui se retrouve dans le manifeste :Ainsi, rappelons que Marx considère que l’ouvrier est aliéné par rapport au produit de son travail puisqu’il en est dépossédé et qu’il est en même temps producteur d’un capital qui va permettre d’acheter sa force de travail. L’ouvrier est également aliéné par rapport à son propre travail puisqu’il est arrivé à ne

plus contrôler le processus de production. Et finalement, l’ouvrier selon Marx est aliéné par rapport aux autres Hommes puisque le capitaliste ne voit en lui qu’un moyen pour augmenter sa part de profit. Cette aliénation de« l’esclave » prolétaire est pourtant philosophiquement balancée par le fait que le capitaliste est lui aussi aliéné puisqu’il est uniquement poussé par l’idée de compétition et la rationalisation du travail car il n’a qu’un rapport théorique avec le travail contrairement à l’ouvrier qui est au cœur du processus de production. On retrouve donc bien la problématique de la double aliénation chez le maître et l’esclave.

Enfin, cette philosophie est d’autant plus politique qu’elle pense à partir du monde en basant sa réflexion sur une certaine approche de l’histoire, mais également en prenant en considération les situations contextuelles de chaque état pour définir son action concrète.

Etudions maintenant brièvement cette approche particulière de l’histoire utilisée par Marx dans le manifeste, qu’est le Matérialisme historique, et qui mérite notre intérêt car elle est à la racine de l’argumentation du texte.

Il s’agit de la théorie selon laquelle la production des biens matériels détermine la vie sociale et l’apparition des idées. L’histoire ne s’explique donc pas par l’action volontaire et concertée des Hommes.

Dans le manifeste, il est remarqué que ce qui distingue les Hommes des animaux est leur capacité à produire des moyens de subsistance. Ainsi une modification des moyens de production entraîne une modification des conditions de production et donc une modification dans les rapports que les Hommes entretiennent entre eux.

Ainsi l’histoire est en perpétuelle évolution et les rapports Humains ainsi que la société s’édifient suivant les forces productives et les rapports de production.

La production créée aussi des disparités dans le travail engendrant des oppositions entre la ville et la campagne par exemple.

Ainsi, si cette causalité entre mode de production et évolution sociale fait ses preuves et a un mérite de logique, de vertu scientifique (on peut considérer que c’est cette approche qui différencie fondamentalement le socialisme utopique critiqué dans le chapitre 3 et le socialisme scientifique de Marx), il faut garder en mémoire qu’il s’agit d’une approche particulière de l’histoire, et que cette approche ne peut donc être exempte d’une part de subjectivité. Ainsi, Les fruits de cette réflexion sont importants en terme d’information et d’utilité, mais il faut garder en mémoire qu’il serait prétentieux de conférer à l’analyse historique marxiste une objectivité pure.

Cependant, même dans le manifeste, cette conception n’apparaît pas comme une finalité : au contraire, il est considéré que la conscience et l’idéologie ont leur rôle dans l’évolution de l’histoire. C’est justement par des valeurs, les idées communistes que le manifeste propose de mieux choisir ces rapports de production en fonction d’une volonté commune, et c’est ainsi qu’est démontrée la nécessité de modifier les consciences et de les « unifier » à travers une conscience de classe.

Bonne lecture

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