Orwell – 1984

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Description

Peu d’œuvres littéraires peuvent se prévaloir d’avoir eu un impact si important sur l’imaginaire à la fois populaire qu’intellectuel du XXe siècle que celui de l’œuvre 1984 de George Orwell. Ce dernier a su par un style simple et direct mettre à nu le mécanisme et le fonctionnement de l’une des problématiques majeures des temps modernes, à savoir l’émergence d’empires idéologiques totalitaires. Ce mécanisme étant toujours d’actualité et susceptible de se reproduire, il constitue donc un sujet digne d’intérêt pour la construction des sociétés alternatives post-écologiques.

1. L’Auteur

L’auteur de l’ouvrage, George Orwell (de son vrai nom Éric Arthur Blair), est né dans la ville de Motihari en Inde (Inde britannique), le 25 juin 1903. Il est décédé le 21 janvier 1950 à Londres, des suites de la tuberculose. On peut diviser la vie d’Orwell en trois grandes phases : à l’âge de 19 ans, il s’engage dans la police impériale birmane jusqu’en 1927 où il donnera sa démission de cette fonction. Le fruit de cette période est un roman anticolonialiste : Une histoire birmane. Sa seconde période, peut s’intituler la période antilibéraliste.

De 1928 à 1934, il vivra dans les bas-fonds des deux villes de Paris et Londres.  Le fruit de cette période de sa vie est un livre noir de la condition des travailleurs : Dans la dèche à Paris et à Londres. Il quitte la guerre au bout d’un an à la suite d’une blessure par balle.  Le doute commence alors à s’installer dans son esprit, quant au bienfondé du marxisme.  Ce doute est exprimé de façon claire dans son ouvrage : Hommage à la Catalogne.

Ces doutes seront transformés en certitudes quant au caractère néfaste du marxisme, ce qui marque la dernière période de sa vie (La ferme des animaux, 1984).

Il meurt en 1950 après avoir connu le succès.

2. Résumé de l’œuvre

En 1984, le monde est divisé entre trois régions en guerre les unes contre les autres, soit l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia.  L’Océania vit sous une dictature d’un Parti unique qui surveille tous les gestes et faits de ses sujets jusqu’aux plus privés. Le chef de ce Parti unique s’appelle « Big Brother ».  L’administration de l’Océania est d’une simplicité déconcertante, elle est gouvernée par quatre ministères (Vérité, Paix, Amour, Abondance) et trois slogans : « La guerre c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ».

Le héros du livre, Winston Smith, est un fonctionnaire qui travaille au ministère de la Vérité et dont la tâche consiste à réexaminer les journaux de l’État et de détruire les éléments informatifs nocifs. Le roman se déroule en trois parties. Dans la première, Winston Smith est un employé modèle.

Cependant, son travail lui permet d’avoir accès à certaines vérités sous-jacentes, il en prend note en cachette dans son carnet. Ceci fait glisser le héros vers sa seconde phase, où ce dernier devient un opposant  en  son  for  intérieur.  C’est pendant cette période de rébellion en devenir qu’il  rencontre  une  jeune  femme,  une  certaine  Julia,  dont  il  tombe  amoureux.  Cette dernière partage les idées subversives de Winston. Pendant la dernière partie du livre, le couple fait  la  rencontre  d’un  personnage  étrange,  un  certain  O’Brien  qui  semble  partager  leurs convictions subversives, leur fournit des livres interdits, mais qui se révèle être un agent du Parti.

Les  deux  amoureux  sont  arrêtés,  torturés,  et  en  fin  de  compte,  Winston  se  renie,  renie  ses convictions  et  renie  même  l’amour  de  Julia.  Brisé  complètement  mentalement,  il  peut  alors retourner au sein de la société.

D’après les spécialistes, l’œuvre de  George  Orwell  serait  inspirée  d’un  roman  d’écrivain  russe Eugène Zamitiane (1884-1937), appelée Nous autres, publié en Grande-Bretagne en 1924, car censuré en URSS. Eugène Zamitiane est un activiste et romancier bolchévique des premières heures, il se trouve en Angleterre en 1917. Il rentre la même année en Russie pour participer à la victoire  des  bolchévistes,  mais  en  raison  des  dérives  autoritaires  du  Parti,  il  le  quitte  la  même année. Nous autres (interdit en URSS) servira de modèle tant à 1984 (1949), qu’à  Le meilleur des  mondes  de  Huxley  (1932),  à  Fahrenheit  451  (1953)  de  Ray  Bradbury  et  à  Un  bonheur insoutenable  d’Ira  Levin  (1970).  Censuré  et  considéré  comme  antirévolutionnaire  par  Staline, Zamitiane est en fin de compte autorisé à quitter l’URSS en 1931 pour un exil définitif à Paris où il décèdera en 1937.

3.  Analyse de l’œuvre
  •  La nature d’anticipation orwellienne

Le roman  de  1984  est  caractérisé  par  une  domination  du  temps  sur  l’espace.  Le monde  est subdivisé  entre  trois  entités  administratives  semblables  bien  qu’en  guerre  ermanente,  ce  qui rend  l’espace  parfaitement  homogène.  Il  s’agit  en  fait  d’une  critique  avant  l’heure  de  la « mondialisation », l’équivalent d’une homogénéisation de l’espace.

En ce qui concerne le temps orwelien,  il  est  caractérisé  par  un  futur  bien  particulier.  Il  n’est  autre  chose  qu’un  présent reformulé, mais ce temps présent est bien présent dans le futur. Tout est déjà dans le titre : 1984 est juste un 1948 reformulé. Nous avançons donc l’idée selon laquelle 1984 n’est pas une œuvre d’anticipation au sens propre du terme. En effet, bien que le roman se déroule dans un avenir situé à 36 ans (1984/1948), cependant Londres de 1984 ressemble étrangement à celui de 1948.

Ceci peut avoir deux significations majeures. La première consiste à montrer que le totalitarisme est indépendant du temps, le totalitarisme est un fait humain et peut naître et se développer aussi bien dans une société avancée sur le plan technologique que dans une société dite « arriérée ».         

La  seconde  plaide  en  faveur  du  fait  que  le  totalitarisme  n’est  pas  l’œuvre  d’une  quelconque technologie, mais une donnée « intrinsèque » à l’être humain.

Le fait que le totalitarisme soit un phénomène intemporel, montre de manière paradoxale comme nous l’avons mentionné plus en haut dans cette même section, l’importance du facteur temporel.

En  effet,  la  différence  entre  un  phénomène  temporel  et  un  phénomène  non  soumis  au  temps (intemporel),  est  en  accord  avec  les  travaux  de  Popper.  Pour  ce  dernier,  tout  ce  qui  est scientifique est « falsifiable », c’est-à-dire être capable de subir des modifications en fonction du temps.  Dans  son  esprit,  tout  ce  qui  n’est  pas  « falsifiable »  est  donc  « non-scientifique ».  En revanche,  cela    ne  veut  pas  dire  invérifiable  ou  sans  intérêt.  En  effet,  la  philosophie,  voire l’éthique etc. sont des entités « non-falsifiables » et pourtant ce sont des entités qui structurent notre existence.

  •  Orwell et la culture : Le novlangue et les valeurs inversées d’Océania

Pour répondre a la question de savoir en quoi le totalitarisme serait un phénomène culturel, nous allons  étudier  les  deux  apports  importants  d’Orwell  dans  1984  en  ce  qui  suit :  le  novlangue  et l’inversion des valeurs.

Le novlangue

Il  est  évident  que  l’étrangeté  de  la  situation  pour  le  héros  du  roman,  le  besoin  du  Parti  de convaincre la population de la conduite à avoir, etc. sont en faveur du fait que le totalitarisme ne constitue nullement un « fait naturel »,  mais un conditionnement de cette même nature par la propagande. Or, tout fait culturel a besoin d’un langage, il s’agit du novlangue. Le but ultime du novlangue est de rendre impossible toute forme de critique et surtout celle de l’État. Il va donc réduire au maximum le vocabulaire, simplifier la grammaire afin de réduire les nuances. En fait Orwell ne fait que mettre en écriture la théorie de deux linguistes célèbres que l’on désigne par l’ « hypothèse  Sapir-Whorf ».  Le  novlangue  permet  ainsi  la  suppression  de  toute  pensée spéculative.

  •  L’inversion des valeurs

Le second aspect culturel de l’Océania est celui de ses valeurs.  En effet, les trois slogans de l’Océania : « La  guerre  c’est  la  paix »,  « La  liberté  c’est  l’esclavage »,  « L’ignorance  c’est  la force»,  reflètent  parfaitement  les  valeurs  de  l’Océania :  il  s’agit  d’une  manière  claire  d’une inversion des valeurs. Cette inversion est parfaitement illustrée dans le titre même de l’ouvrage : 1984 n’est autre chose que 1948 inversé, l’année de l’écriture de l’ouvrage.

Deux cas peuvent se produire, soit l’acte commis par l’autorité est perçu comme un acte juste et dans ce cas, pas de contestation de la part de la population. Soit, l’autorité commet un acte perçu comme injuste, mais encore une fois pas de problème, car dans la même logique des choses « la justice est l’injustice » et vice-versa « l’injustice est la justice ». Ainsi, l’autorité trouve devant elle un champ infini et illimité d’actions sans besoin d’aucune justification.  Elle peut désormais se permettre tout et n’importe quoi.  L’inversion des valeurs de ce fait, libère l’autorité de toute justification de ses actes mêmes les plus ignobles.

  •  L’univers Orwelien de 1984 et le concept d’idéologie

Il existe de nombreuses définitions d’idéologies, nous avons retenu celle de Karl Jaspers : « Une idéologie est un complexe d’idées ou de représentations qui passe aux yeux du sujet pour une interprétation du monde ou de sa propre situation, qui lui représente la vérité absolue, mais sous la forme d’une illusion par quoi il se justifie, se dissimule, se dérobe d’une façon ou d’une autre, mais pour son avantage immédiat ».            

  Cet  « avantage  immédiat »  est,  rappelons  le,  le  fait  de  pouvoir  supporter  l’insupportable :  le manque de sens pour l’individu qui constitue sa propre déchéance. Le héros du roman, Winston Smith,  tant  qu’il  n’est  pas  gagné  par  le  doute,  supporte  assez  bien  toutes  les  humiliations auxquelles il est soumis. Il s’agit d’une anticipation où l’individu, dans l’espoir des jours meilleurs, peut  accepter  de  souffrir  (en  fait  Orwell  dénonce  la  dictature  prolétaire  chez  Marx).  Ce  que dénonce Orwell est l’idéologie et non pas une certaine forme d’idéologie. C’est cela qui fait de 1984  une  œuvre  intemporelle  et  non  pas  une  anticipation,  comme  nous  l’avons  vu précédemment.

4. Intérêts de l’ouvrage

 Nous avons essayé de montrer tout au long de cet article que non seulement l’œuvre de 1984 n’est pas une œuvre de science-fiction, elle n’est même pas une œuvre d’anticipation, mais plutôt une  œuvre  intemporelle.  Cependant, le caractère  intemporel  de  1984  ne  diminue  en  rien  son importance  quant  à  la  formation  d’une  société  alternative,  bien  au  contraire.  En  effet,  c’est justement parce qu’Orwell traite d’un problème intemporel, qu’il importe d’y prêter attention, car il s’agirait du fait d’un phénomène récurrent.                

Télécharger le livre au format Pdf par le lien ci-dessous :  

Orwell_1984       

              

Source : Joubine Eslahpazir

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