Seconde considération inactuelle de Nietzsche

Description

Nietzsche a constamment valorisé l’oubli contre la mémoire, renversant la hiérarchie traditionnelle qui place la faculté de mémoire au sommet des exigences de la morale, du savoir et de l’art. Il fut le penseur qui soumit à un doute radical tout l’acquis de la pensée occidentale, de Platon à Descartes…

La critique que fait Nietzsche de l’idéalisme métaphysique porte sur les catégories de l’idéalisme (être, essence, sujet) et sur les valeurs morales qui les conditionnent. Nietzsche propose une nouvelle approche : la généalogie des valeurs. Questionner la valeur des valeurs morales revient à décrire leur origine et leur histoire. Les valeurs morales ont pour origine la réaction des faibles, qui posent le bien comme négation des actions des puissants. Le bien a donc été défini négativement, et la morale qui en découle a valorisé cette négation, qui est négation de la vie ; Socrate, Platon, le judaïsme, le christianisme et le socialisme sont des expressions de ce nihilisme pervers. Il s’agit de lutter contre lui en opérant la transmutation des valeurs. Si être, c’est poser une valeur authentique et vouloir son retour éternel, il faut affirmer joyeusement la vie et accepter sa diversité. Tel est l’essentiel du surhomme dont Zarathoustra annonce la venue.

Ce livre pose la question de la valeur de la culture historique des sociétés modernes. Nietzsche se demande en effet si l’oubli n’est pas nécessaire au bonheur, à l’action, et si, l’homme ne peut être victime d’un excès de mémoire: “ trop d’histoire tue l’homme” nous dit-il dans ce livre.

On définit trop souvent l’oubli comme une défaillance, comme un manque, une perte, un affaiblissement. L’intérêt du texte de Nietzsche c’est qu’il tente de montrer que l’oubli, qu’il définit comme « la faculté de sentir les choses en dehors de toute perspective historique », c’est-à-dire la capacité de voir les choses uniquement dans leur immédiate présence sans se les représenter dans la perspective du temps, n’est pas seulement un manque mais aussi une force par laquelle l’homme peut se libérer de sa mémoire pour vire au présent et peut-être le savourer davantage.

L’oubli serait donc nécessaire au bonheur, à une certaine forme de sérénité ou une forme de repos par lequel pour pouvons nous consacrer à la situation actuelle, à l’instant, aux choses qui nous arrivent dans le présent.

L’auteur oppose alors deux images:

  • L’une qui est l’image de l’homme du présent « debout et victorieux » qui est sans crainte et qui affirme sa propre existence,
  • L’autre qui est celle de l’homme qui « voit en toute chose un devenir » où tout est mouvant, et qui se laisse submerger par le fleuve de l’histoire (comparé ici à un torrent) et qui finalement perd pied, ne peut plus agir.

Cette série de métaphores tend à illustrer l’idée que l’affirmation de soi dans le présent suppose une perspective sur le réel qui ne soit pas seulement historique: une rumination excessive du passé (que Nietzsche compare ici à une privation de sommeil) correspond à un degré d’insomnie néfaste à la vie. Le sommeil est réparateur; de même l’oubli sans lequel on ne peut vivre: il est au fond constitutif de la conscience et de la mémoire).

Ingrédient du bonheur, ingrédient également de l’action (« toute action exige l’oubli »), l’oubli s’impose comme une nécessité à celui qui souhaite vivre pleinement sa vie, sans quoi on reste prisonnier du passé ou on se projette vers des espérances futures qui peuvent être illusoires. Celui qui veut vivre heureux doit savoir goûter l’instant présent c’est à dire qu’il dit savoir s’installer « au seuil de l’instant » sans se placer dans la perspective du temps.

L’époque de la solitude et la fin des affinités

Il découvre Schopenhauer, rencontre Wagner et partage avec lui une grande admiration pour Beethoven. Nommé professeur de philologie antique à Bâle (1869-1878), il écrit la Naissance de la tragédie (1871), la Naissance de la philosophie à l’époque de la tragédie grecque (publié en 1896) et Considérations intempestives (1873-1876). Il prend alors ses distances vis-à-vis de Schopenhauer et de Wagner, puis démissionne de l’enseignement. Il publie Humain, trop humain (1878-1886), séjourne à Venise en compagnie de son ami P. Gast, puis à Gênes et au bord des lacs de Sils-Maria. Très affecté par la rupture avec Lou Andreas-Salomé, il s’enferme dans sa solitude et sa souffrance.

« Que dit ta conscience ? – Tu dois devenir ce que tu es »

Nietzsche a recours à l’aphorisme pour rendre compte d’une réalité faite de multiples « perspectives ». Par son style même, il nous invite à nous méfier des systèmes rassurants, comme celui de Descartes, dont le « je pense, donc je suis » est soumis à une critique en règle.

 

Téléchargez ci dessous  le livre en format pdf :

Seconde considération inactuelle (1874) Nietzsche

Bonne lecture

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